Librairie Blanche

Lonely Are All the Bridges

par Robin Hinsch, Julian Stallabrass

Crédits & contributions

EAN

Prix TTC

62,00

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« Lonely Are All the Bridges n’est pas un livre sur la guerre. Pas exactement. C’est le portrait d’un lieu et de ses habitants — là où les systèmes se sont effondrés, où les frontières ont été redessinées encore et encore. » — Robin Hinsch Les images de Lonely Are All the Bridges ont été réalisées en Ukraine par Robin Hinsch sur une période de plus de dix ans. Le photographe découvre le pays en 2010, intrigué par la description du président de l’époque, Viktor Ianoukovytch, qualifié de « nouveau dictateur entre l’Est et l’Ouest ». Cette fascination durable pour un pays complexe le pousse à y revenir à de nombreuses reprises, afin de photographier à la fois les paysages et les personnes qu’il rencontre. Ses images se distinguent des représentations médiatiques : elles proposent une vision mélancolique d’un territoire pris entre un passé contesté, un présent brutal et un avenir incertain. « Ce n’est pas une histoire de héros et de méchants. C’est celle des forces lentes, implacables, qui déchirent les sociétés, et des fils humains — fragiles, parfois ambivalents — qui tentent de les maintenir ensemble. » Les photographies montrent des ruines soviétiques et des monuments historiques, au cœur de paysages brumeux, détrempés par la pluie ou enneigés. Les figures humaines y sont soigneusement situées : lieux de travail, maisons, champs, ruines et champs de bataille. Les images alternent noir et blanc et couleur, cette dernière volontairement assourdie par un ciel gris. Ce choix stylistique, renforcé par l’absence de légendes au fil des pages, suggère un temps autre, indécis, comme délié de toute chronologie. Les animaux constituent un motif récurrent — ils symbolisent la désertion et l’abandon, tout en conférant à l’ensemble une dimension allégorique et onirique. L’ours, symbole associé à la Russie, apparaît à la fois comme un animal tournant en rond dans l’enclos d’un zoo et comme un enfant déguisé. Des chats et chiens errants, des chevaux sauvages traversent le paysage ; des enfants sont montrés avec des chiens, des chevaux, et même un chameau incongru. Le pont est un autre motif central, renvoyant au titre, emprunté à un poème de l’autrichienne Ingeborg Bachmann : réflexion sur le pont comme lien entre deux rives — attaché aux deux côtés, mais fondamentalement solitaire. Dans ses notes en fin d’ouvrage, Hinsch évoque le film Mirror d’Andreï Tarkovski, qui recourt à un récit fragmenté, dissout la narration linéaire et fait coexister souvenirs, rêves et expériences de temporalités différentes. Cette approche trouve un écho direct dans sa manière de construire les images. « Le livre suggère, au moins, un temps où la guerre actuelle viendra s’ajouter aux strates du temps et de la mémoire, et où des pensées et des sentiments moins violemment noirs et blancs redeviendront possibles. » — Julian Stallabrass