La métamorphose de Kafka. Leçon littéraire
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« En se réveillant un matin au sortir d’un rêve agité, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte » : célèbre début de La Métamorphose, ce texte qui joue de l’ambiguïté entre transformation symbolique et récit d’un cauchemar éveillé. Le récit de la transformation de Gregor n’est pas seulement une échappée dans un univers fantastique, mais également une exploration de la condition humaine dans un monde moderne devenu incompréhensible. Voilà pourquoi la lecture de ce cauchemer provoque en chaque lecteur un fort malaise. * Jean-Claude Poizat analyse la métamorphose en tant que « processus », d’une métamorphose comprise comme transformation du corps humain en animal – la création d’une monstruosité – à celle de la narration elle-même, où elle devient procédé littéraire. L’auteur nous montre ainsi dans quelle mesure ce récit, entre incertitude du sens et métamorphose des signes, a trait au « réalisme fantastique ». Mais, au-delà d’un simple procédé narratif ou d’une allégorie, ce sont les frontières entre le réel et l’imaginaire qui sont constamment remises en question, sur fond d’investigation de la condition humaine et de l’humanité moderne. Selon Jean-Claude Poizat, ce serait « l’acte de résistance d’un homme ordinaire, vivant dans un monde où l’humanité, sous l’effet de processus historiques sociaux, est devenue un simple mot, réellement vide de sens » (p. 97). Au fil d’une analyse qui offre le considérable avantage de ne pas s’arrêter à une interprétation univoque de l’univers kafkaïen, cet ouvrage s’emploie à décrypter la complexité des rapports familiaux aux allures de drame de nature freudienne (notamment concernant les rapports avec la figure du père). C’est également l’ambivalence de cette métamorphose, qui semble à bien des égards s’apparenter à une punition dont les causes seraient occultées, que l’auteur interroge ici avec pertinence et souci de clarté pour son lecteur. Une lecture riche d’enseignements et convaincante de ce renouvellement du topos littéraire qu’est devenue la métamorphose depuis l’époque alexandrine et le fameux poème d’Ovide, et qui réussit à extraire l’épaisseur ontologique et la densité herméneutique que Kafka lui confère. (C. Stavaux)
