JPE 2013, n° 1

par Collectif

Inconscient et cognition

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La psychanalyse est censée s’occuper des sources inconscientes de nos affects, de nos désirs et de nos volontés, mais pas des mécanismes qui régissent nos processus intellectuels, qui seraient le domaine des sciences cognitives. La pratique de l’analyse d’enfant a, depuis longtemps, renoncé à ce cloisonnement au profit d’un examen beaucoup plus fin des liens étroits et complexes qui lient l’affectif et le cognitif, les processus de symbolisation et les apprentissages, liens que l’on retrouve dans les plus hautes sphères de la créativité artistique ou scientifique Pourquoi un nouveau manifeste après celui que nous avions publié en 2011 pour inaugurer la Nouvelle Série du Journal de la psychanalyse de l’enfant ? Parce que les attaques contre la découverte de Sigmund Freud ne faiblissent pas. Un hebdomadaire à grand tirage en a fait tout un dossier il y a quelques mois. Mais ce qui est plus grave c’est l’ostracisme auquel on cherche à la condamner qui se répand dans les sphères dirigeantes, qu’il s’agisse du pouvoir politique ou du pouvoir universitaire. Les institutions de soin pour enfants et adolescents qui font encore place aux traitements psychanalytiques sont menacées et rappelées à l’ordre pour qu’elles se rangent derrière la bannière du neurodéveloppental . Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) sont systématiquement en faveur de traitements médicamenteux et de techniques de remédiation qui excluent toute référence à un monde interne, à une dynamique intrapsychique et à l’impact sur le développement de l’enfant des relations qu’il a nouées avec son entourage. Ce à quoi nous assistons avec stupéfaction, ce n’est pas un débat loyal sur la validité de tel ou tel modèle psychanalytique ou le bienfondé de sa pratique, c’est à une condamnation dogmatique, qui exclut a priori la psychanalyse du champ de la science et de la thérapeutique, en faveur de modèles et de pratiques alternatifs à qui on ne demande pas de faire leur preuve. Aurions-nous affaire à une querelle entre une science nouvelle et une idéologie ancienne ?