Aisthesis

par Jacques Rancière

Scènes du régime esthétique de l’art

Crédits & contributions

EAN
  • ÉditeurFABRIQUE
  • Parution04 septembre 2026

Prix TTC

20,00
Pas encore paru

Le terme « aisthesis » désigne le mode d’expérience selon lequel, depuis deux siècles, nous percevons des choses très éloignées par leurs techniques de production et leurs destinations comme appartenant en commun à l’art. Du Torse du Belvédère analysé en 1764 par Winckelmann au décor des métayers de l’Alabama décrit en 1941 par James Agee, en passant par une visite de Hegel au musée de Munich, une conférence d’Emerson à Boston, une soirée de Mallarmé aux Folies-Bergère, une exposition à Paris ou à New York, une mise en scène à Moscou ou la construction d’une usine à Berlin, Jacques Rancière examine une quinzaine d’événements ou de moments, célèbres ou obscurs, où l’on voit se transformer la perception de ce qu’est l’art et ce qu’il fait. Les histoires et les philosophies de la modernité artistique qui font prime l’identifient à la conquête par chaque art de son autonomie, exprimée par des œuvres exemplaires qui se séparent à la fois de l’art du passé et des formes de la vie prosaïque. Quinze années de travail ont amené Jacques Rancière à des conclusions exactement inverses : le mouvement propre à la modernité esthétique, celui qui a soutenu les rêves de nouveauté artistique et de fusion entre l’art et la vie, tend à effacer les spécificités des arts et à brouiller les frontières qui les séparaient entre eux et les tenaient à l’écart de l’expérience ordinaire. Les quatorze scènes ici retenues, empruntées aux arts plastiques comme au théâtre, à la littérature comme au cinéma ou à la photographie, sont autant de témoignages de ce bouleversement dans l’expérience de l’art et de ses rapports avec la vie. On y apprend comment une statue mutilée peut devenir une œuvre parfaite, une image d’enfants pouilleux une représentation de l’idéal, une culbute de clowns l’envolée dans le ciel poétique, un meuble un temple, un escalier un personnage, une salopette rapiécée un habit de prince, les circonvolutions d’une robe de danseuse une cosmogonie et un montage accéléré de gestes la réalité sensible du communisme. Autant de moments où se brouillent les rapports admis entre l’art des esthètes, l’amusement du peuple, la description du monde vécu et sa transformation politique. Ces quatorze scènes dessinent une histoire de la modernité artistique bien éloignée du dogme moderniste.