SUR UN TABLEAU DE JORDAENS

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Ce petit livre aurait dû paraître aux éditions Verdier dans la collection « L’image », dirigée par Alain Madeleine-Perdrillat, où il était demandé à des écrivains d’écrire un texte à partir d’une œuvre picturale de leur choix. Nous le publions aujourd’hui, dix ans après la disparition de Paul de Roux, présenté par deux de ses amis, Gilles Ortlieb et Laurent Fassin. Fils (et père) d’un peintre, Paul de Roux a consacré dans ses poèmes, ses carnets ou des monographies de très nombreuses pages à la peinture. Son unique roman, Une double absence interrogeait déjà le portrait d’une femme rêvée et perdue à travers celui de Bethsabée par Rembrandt. Dans le présent livre, Paul de Roux part d’un tableau mythologique de Jordaens représentant « une campagne hors de toute atteinte où nymphe et satyre guident les pas d’un enfant » pour rêver, en interrogeant au passage d’autres tableaux du maître d’Anvers, de cet Âge d’or où il était possible de vivre en accord avec la terre et qui devenu aujourd’hui « plus inaccessible qu’il ne fut jamais ». Quand bien même il peut arriver au poète, au hasard d’une promenade à Fontaine-de-Vaucluse ou au cours d’un voyage en Grèce d’entrevoir les traits épars d’un paradis désormais dispersé sur toute la terre, tel que l’évoquait Novalis, c’est d’abord chez les peintres, au Louvre, et dans le cas présent chez Jordaens qu’il trouve où s’abreuver de la lumière dont il a soif : « Discrète lumière, oui, discrète car, je l’ai dit, ce n’est pas le “plein soleil” que reflète Amalthée, non, c’est un tardif rayon qui dans sa paisible douceur se confond avec l’épiderme qu’il rencontre. Le corps de la nymphe en est subtilement lumineux, hors de toute emphase. »