Langue torse
par MAUD THIRIA
Crédits & contributions
- ÉditeurLANSKINE ED
- Parution09 juin 2026
Prix TTC
Langue torse se veut l'écriture d'un texte poétique entremêlant une voix singulière de femme violentée à la voix de toutes en résonance, autour du mythe ovidien de Philomèle violée, mutilée par sa langue tranchée. Le mythe revisité et réactualisé prendra forme dans une langue renouvelée, se libérant des carcans d'une condition sociétale comme de la syntaxe. Ecriture poétique hybride, livre chant et livre refuge, Langue torse entend déployer une forme multiple pour révéler à la lumière et faire entendre la parole emmurée et interdite des femmes maltraitées à la voix empêchée. Langue torse c'est cette langue hors norme qui se tord de douleur et de désir, tord les mots, la syntaxe du langage, tord l'espace de la feuille pour étendre son cri dans une vivacité hors cadre. Dès que l'on commence à s'intéresser à la langue du mythe, on se heurte à celui qui le transmet avec son langage, les mots de son époque, les cadres établis d'alors. Et c'est toujours l'homme qui écrit et transmet une vision du monde, la sienne, déformant la réalité et la vérité à son profit en usant de la violence permise par la fiction. Dès lors, il est intéressant et nécessaire, aujourd'hui de revisiter les mythes en les donnant à voir et à entendre par un regard et une voix de femme posés sur une figure féminine qui justement questionne la langue. Cette figure centrale de Langue torse c'est Philomèle, dont Ovide raconte l'histoire dans ses Métamorphoses, Livre VI (dans sa traduction par Marie Cosnay publiée aux éditions de l'Ogre), celle qui violée s'est vu arracher la langue pour ne pas raconter son histoire. Enfermée dans son silence, mutilée et arrachée du monde du dire et de l'espace extérieur car emmurée dans une bergerie, elle va user de ses mains pour dire autrement par le tissage cousu de fils rouges l'histoire de sa violence à sa soeur Procné qui l'attend. La tapisserie ici n'est pas celle d'une femme qui attend l'être aimé comme Pénélope pour Ulysse, c'est celle d'une femme qui ose dire sans sa langue organe la langue même de la violence subie, osant par là-même une autre langue se libérant des carcans de sa condition. Ce texte, nécessaire, enrichit les questionnements des précédents livres publiés aux éditions LansKine.
