Librairie Blanche

Manifeste pour une civilisation démocratique

par Leyla Güven, Abdullah Öcalan

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Dans les précédents volumes de ma plaidoirie, j'ai tenté de définir l’"universel". La culture moyen-orientale ne peut trouver son expression que dans le récit universel. Elle est d’ailleurs le terreau de l'"universel". L'histoire et la culture individuelles ne peuvent trouver un sens que dans cette universalité. Par individu, j’entends un large spectre de particularismes allant de la personne à la nation. J'ai fait de grands efforts pour me définir en tant qu'individu. Plus je m’y appliquais, plus je réalisais que je ne pouvais échapper à l'universel. Je ne doute pas que l’individu terne du libéralisme soit une valeur mythique, qui n’a pas plus de sens que les mythologies anciennes. À l’opposé, les idéaux des collectivités sociales les plus rigides, qui tendent à engloutir l’individu, sont également mythiques, mais d'un point de vue différent. Je veux rappeler ici une réflexion que j’avais déjà formulée: l'individu est toujours en capacité d’analyser l'histoire. L'individu est le produit de l'histoire, la forme concrète de l'histoire, et s'il est vivant, il est l'état actuel de l’histoire. Lorsque je parle d’histoire, j’entends bien sûr la société historique. La première conclusion - et la plus importante - à tirer de cette histoire, que j'ai tenté de décrire, est que l'on ne peut devenir un être humain, même au niveau d'un clan, sans appréhender la société à laquelle on appartient, au sens étroit comme au sens large. De nos jours, le déni et l’assimilation forcée sont constamment à l'oeuvre dans la société. C’est là que la perte de sens trouve son fondement et son origine. Les individus et les communautés soumis à ces processus peuvent être qualifiés, au mieux, de non-individus et de non-communautés. À mon avis, on peut difficilement les qualifier d’humains. Je suis de plus en plus convaincu que la vérité est sociétale. C’est en donnant un sens à la source sociétale de la vérité que l'on peut atteindre la plus haute sphère de la connaissance. Par conséquent, fuir la société revient à fuir le sens et la sagesse. La fuite persistante du libéralisme hors de la société provient à la fois de son approche superficielle de la réalité et de la réalité inhérente au capitalisme, puisque le libéralisme est l'expression idéologique du capitalisme. Le recours de plus en plus fréquent du capitalisme et de la société placée sous son hégémonie aux publicités et aux mensonges souligne à nouveau cet aspect de la réalité. Mon travail théorique, aussi bien que mon implication dans le développement politico-pratique, éclairent chaque jour un peu plus la réalité du plaidoyer. Personne n’ignore - ou n’est en mesure d’ignorer - que mes conditions de détention n'ont rien eu de facile. Ma première réponse à la question de savoir comment je peux survivre à ces conditions sonnera encore comme un dicton : Je ne fais que vivre la condamnation de ma réalité sociétale. Je suis pleinement conscient que je ne peux vivre librement dans cette réalité, même si je le voulais, même si, devant moi, s’étendaient les jardins d’Eden. Ceux qui, placés dans cette même réalité, prétendent vivre se font assurément des illusions. Bien sûr, les causes historiques et contemporaines de la condamnation sociétale nécessitent un long récit dialectique. L’important est de parvenir à cette compréhension. Alors seulement, l’on peut entreprendre une marche vers la liberté dans le temps et l'espace. Une marche intérieure et extérieure, individuelle et sociétale.