Au bord des mondes
par Olivier Gaudin
Les Cahiers de l'École de Blois n°24
Crédits & contributions
- ÉditeurVILLETTE
- Parution18 juin 2026
- CollectionCahiers de l'école de Blois
Prix TTC
La nature, l’écologie, le milieu, la Terre ou le vivant : ce qui distingue encore le paysage de ces notions voisines, toutes proches, c’est sa puissance suggestive et son indétermination. Dans une période de repli et de cloisonnement, l’expérience du paysage conteste les bornes et les cadres imposés, quels qu’ils soient. Parce qu’elle prend une part active à la composition de mondes vécus, ses horizons n’admettent aucune frontière préétablie ; ils ne sont que les bords, relatifs et mouvants, d’un champ d’expérience et d’action. La puissance d’imagination, de représentation et de rêverie du paysage peut-elle engager de nouvelles versions du monde ? Ce numéro des cahiers de Blois répond par l’ouverture et la pluralité, en invitant les lecteurs à prêter attention au nombre indéfini de mondes que nous habitons et contribuons à maintenir en vie, le plus souvent sans même les voir. La capacité d’interaction, d’assemblage et de recomposition de ces mondes, pour précaire et provisoire qu’elle soit face aux épreuves de force contemporaines, n’en est que plus nécessaire et inspirante, et c’est à quoi le paysage peut prendre part. Dans les interstices et les failles de mondes disjoints, les contributions de l’ouvrage invitent à discerner des situations de seuil, voire de basculement. Elles observent, décrivent et conçoivent, par le texte et le dessin, mais aussi le cinéma, une infinité de relations mouvantes : rapports entre les vides et les pleins ; réversibilité des lignes d’horizon, des traits de côte ou des limites urbaines ; voisinage des milieux animaux et humains ; conversion ou réemploi d’infrastructures héritées de l’âge d’abondance ; espaces virtuels de la fiction vidéoludique, lieux révélés par le film documentaire. Ce sont autant de zones de contact, de friction et d’indécision où la perception se charge d’imaginaire et d’indétermination. Le paysage, apprentissage continu du regard fondé sur la recherche d’un point de vue, devient une marge intérieure : un foyer d’expérience où l’on peut se tenir, au moins pour un temps, afin d’apprécier ce qui fait basculer les bords du monde.
