Nafissa Sid Cara, la pionnière effacée
par Leila Latrèche
Une femme d'Etat entre ombre et lumière
Crédits & contributions
- ÉditeurHEMISPHERES
- Parution23 avril 2026
Prix TTC
Une femme d’État entre ombre et lumière Nafissa Sid Cara (1910-2002) est une pionnière. Élue en 1958 députée dans la 2e circonscription d’Alger-banlieue, elle est nommée, l’année suivante, secrétaire d’État chargée des Questions sociales en Algérie et de l’Évolution du statut personnel de droit musulman, ce qui en fait la première femme membre d’un gouvernement de la Cinquième République. La grande affaire de sa vie, son combat, sera la situation des femmes algériennes et leur émancipation. Or, Nafissa Sid Cara n’a laissé ni mémoires ni récit personnel. Pour faire entendre sa voix, il a fallu la rêver, l’imaginer, l’écrire, dans un tissage sensible entre histoire documentée et intuition littéraire. Écrire à la première personne – un geste de réparation, une tentative de faire résonner un « je » féminin, algérien, politique, dans un monde où cette parole fut tenue à l’écart. Car la voix de Nafissa Sid Cara, telle qu’elle se déploie dans ce livre – calme, lucide, retenue –, émerge à travers les archives, les photographies officielles, les discours trop courts, mais aussi à travers une absence criante dans les récits nationaux, silence que l’auteure interroge et confronte à ses propres manques : ceux d’une mémoire collective qui a laissé les femmes musulmanes à la marge, celles dont on n’a pas transmis l’histoire. Le livre suit le parcours de Nafissa Sid Cara depuis l’enfance algérienne, les éveils silencieux, l’entrée dans le monde du travail, jusqu’à la nomination fulgurante en 1958. Ministre. Femme. Musulmane. En pleine guerre d’Algérie. Elle n’a pas été un simple symbole : elle a agi, pensé, porté un projet de justice dans un monde dominé par les hommes, puis elle s’est retirée, discrètement. Le livre la suit dans ce retrait aussi, dans cette absence de suite, cette disparition des mémoires. Ce projet s’inscrit dans un geste plus large : celui de redonner place et densité, à ces figures invisibilisées. Un acte de mémoire mais aussi d’amour envers celles qui ont été là, sans être entendues. Envers la parole tue, la pensée non transmise. Envers une femme qui, à travers cette écriture, peut enfin dire : voici ce que fut ma vie. Ce livre s’adresse à celles et ceux qui cherchent à comprendre l’histoire autrement.
