La mort des cathédrales
Crédits & contributions
- ÉditeurKIME
- Parution02 avril 2026
Prix TTC
Forte résonance avec le débat sur la laïcité. Texte peu connu de Proust. Proust écrit le premier jet de son article à Évian où il rejoint ses parents à la fin de l'été 1903. Trois mois plus tard, son père meurt. Les cathédrales menacées deviennent alors ce qui les relie. Comme dans un rêve où se renversent les échelles de grandeur, avec cette terreur sacrée des peuples face aux grandes catastrophes, Proust se voit dans un vaste futur arpenter un paysage de sable et de coques vides tel un géant monté sur des échasses. Pour l'écrivain en devenir, la menace va bien au-delà des lois de Séparation. Sa mission de poète le pousse à décrire sa vision comme un rêve prémonitoire dont il espère creuser les vastes dimensions. Dans ce futur lointain, la cathédrale a un visage. Elle est à la fois la pièce de musée et le musée qui l'abrite. Il n'y a plus qu'une seule famille, une seule assemblée de fidèles, un héros revivifié qui, malgré le veto maternel, deviendra ce qu'il a toujours voulu être?: écrivain Imaginer la mort des cathédrales en 1904 permet à Marcel Proust d'affirmer une position politique en lien avec ce qu'il explore dans l'écriture?: le rapport entre la création artistique et cette vie vraie, totale, que réclame la vérité pour l'artiste. Que l'État s'insinue dans ses rêves, qu'il décide de sa vie la plus intime, le renvoie aux peines de l'enfance. Proust se bat très tôt pour avoir le droit d'être ce qu'il est. Peut-être ce droit, l'a-t-il trouvé aussi dans la foi chrétienne. Aussi il se méfie des idéologies. S'il ne s'occupe pas de politique, c'est qu'il la met au plus haut et souffre de la voir ravalée aux basses intrigues que trament dans l'ombre les batailleurs du pouvoir. Même séparé du peuple, il rêve à « la démocratie silencieuse fréquentant les cathédrales ». Pour lui, la démocratie sociale précède la pensée démocratique, et cette démocratie triomphante, sur le point d'adopter une loi de séparation inique, lui semble anéantir la voix du peuple. Un paradoxe qui, si les causes sont différentes, sonne étonnamment juste aux hommes d'aujourd'hui.
