Jeunes en révolte - La contestation politique à hauteur d'enfant (XIXe-XXIe siècle) - N° 28 L'irrégulière

par Jean-Claude Caron, Alexandre Frondizi, Jean-Jacques Yvorel

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Du gamin de Paris sur les barricades de 1832 à la mobilisation qui a suivi la mort de Nahel Merzouk en 2023, les mots sont les mêmes pour stigmatiser et délégitimer les jeunes en révolte à deux siècles de distance. Ce nouveau numéro de L'irrégulière invite à examiner leur spécificité, leurs répertoires d'actions pour repolitiser leur engagement. Au-delà de l'image d'Épinal de l'enfant armé de pistolets, figurant au centre de La liberté guidant le peuple, ou de la figure politique de Greta Thunberg, que savons-nous de l'engagement d'enfants et d'adolescents dans les mobilisations sociales ou politiques ? Il est un fait : observateurs, membres des forces de répression ou de l'appareil judiciaire, hommes et femmes politiques pointent couramment la présence de mineur·es dans les révoltes pour les dénigrer. Mouvements lycéens, émeutes de quartiers populaires ou grèves de jeunes travailleurs au 19e siècle seraient instrumentalisés par des adultes, et on s'en effraie d'autant plus, justifiant sanctions et contrôle sévères. Quant aux jeunes filles protestataires, leur discours est doublement délégitimé. Pathologisés, criminalisés, qu'on les discrédite ou qu'on les glorifie, on dénie à peu près toujours aux enfants leur agentivité. Le nouveau numéro de L'irrégulière invite au contraire à observer les modalités de contestation d'une catégorie trop englobante de " jeunesse " (face à celle d'" adultes "). Il témoigne de l'émergence et du dynamisme d'études nouvelles qui décryptent les discours et imageries pour souligner le rôle des enfants comme acteurs sociaux à part entière, et porteurs de revendications politiques. Ce dossier présente six contextes : l'émergence de la figure du gamin insurgé dans le théâtre sous la monarchie de Juillet ; le rôle de jeunes enfants messagers et graffeurs durant les Cinq journées de Milan en 1848 ; la sanction exercée contre des lycéens protestataires par les élites coloniales à La Réunion sous le Second Empire ; une révolte de jeunes femmes dans la prison de Fresnes en 1947 ; l'instrumentalisation médiatique de l'hooliganisme dans l'Angleterre des années 1980 et la revendication citoyenne au cours du Printemps noir de 2001 en Kabylie. Un portfolio présente le travail de Agnès Geoffray et Vanessa Desclaux qui à partir d'archives reconstituent les gestes et la chorégraphie incarnée d'une féminité assumée contre l'ordre patriarcal en milieu carcéral. La plupart des révoltes abordées évoquent des résistances aux violences physiques et dénoncent à leurs manières une domination sociale, économique et politique que les mouvements de la " Gen Z " au Maroc, au Népal ont encore contesté au mitan des années 2020.