Les papiers des sans-papiers - Dans les archives du Gisti, 1993-2011
Crédits & contributions
- ÉditeurANAMOSA
- Parution03 septembre 2026
Prix TTC
Résidant en France depuis cinq ans, un étudiant syrien ayant probablement tissé des liens sur place ne sait s'il pourra continuer d'y vivre. Il accumule les preuves écrites de son succès en dentisterie, qu'il paie son loyer et que son oncle est mort pour la France. Tel est le parcours d'un des étrangers ordinaires de ce livre dont l'existence est suspendue à des " papiers ". L'historien Philippe Artières se saisit ici d'une archive particulière, aujourd'hui conservée à la Contemporaine (Nanterre) : les dossiers de demandes d'aide au Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), importante association d'aide juridique pour les étrangers créée en 1972. La sélection des dossiers porte sur la période 1993-2011, correspondant à l'augmentation soudaine des demandes au début des années 1990, avant que 2011 ne marque le début de la mutation numérique des dossiers revêtant dès lors une forme dématérialisée. S'emparer de cette archive du Gisti renvoie à un pan de l'histoire des politiques migratoires en France, peu importe le cours des guerres et la vie des individus. Elle est une manifestation flagrante de l'injuste condition des demandeurs, se trouvant de fait, en situation de précarité, devant un appareil législatif qui accumule sans cesse de nouvelles dispositions. Face aux règles bureaucratiques et à la complexité des lois successives, les auteurs et autrices des lettres sont ainsi autant de sujets de droits et incarnent une situation ordinaire des étrangers. Qu'ils fuient la persécution dans leurs pays d'origine ou résident en France depuis bien longtemps parfois, y ayant forgé leurs vies de travailleurs ou étudiants, de parents et grands-parents, d'amoureux... tous se trouvent soudainement " irréguliers " ou risquent de le devenir. Philippe Artières met ainsi en évidence la puissance de l'écrit et des " papiers " face au cours de la vie et aux subjectivités. " Sans papiers ", ces personnes étrangères ou immigrées écrivent et accumulent les preuves écrites de leurs existences : une occurrence de ce que l'auteur nomme la " machine graphomaniaque ". Le texte de Philippe Artières est suivi d'une sélection de lettres reproduites en fac-similés, d'un entretien avec des membres éminents du Gisti (Nathalie Ferré, Danièle Lochak et Jean-François Martini) et d'une chronologie qui fait écho à l'empilement de dispositions législatives en parallèle des drames contemporains du Congo, d'Haïti, de la guerre civile en Algérie... On lit aussi en creux la longue histoire coloniale et les nombreuses familles qui en sont issues.
