Le Voyage en Ouralie
par Martine Chifflot
La Saga de Newtown III
Crédits & contributions
- ÉditeurTRANSCENDANTES
- Parution12 mars 2026
Prix TTC
Les lecteurs qui attendaient la suite des Gardiens du Sanctuaire n'auront pas attendu en vain. Le troisième volume de la Saga de New Town confirme ce que les deux premiers nous avaient laissé pressentir : nous sommes en présence d'une œuvre à part, d'une voix singulière dans le paysage littéraire français. L'action quitte progressivement New Town pour Moviskia, capitale de l'Ouralie, pays récemment libéré de la tyrannie des Novembristes. Helda Hartmann et son équipe y affrontent ce qui ronge secrètement les sociétés et pervertit les esprits — deux maux bien réels de notre temps, que la fiction rend soudain insupportablement visibles. Car c'est précisément ce qui distingue cette saga : elle ne se situe ni dans notre monde, ni dans un monde purement imaginaire. Martine Chifflot a forgé pour désigner ce genre nouveau le terme d'anatopie — une variété de topos voisine de l'utopie et de la dystopie, mais distincte de l'une et de l'autre. Le récit anatopique fournit un analogon de notre monde : il lui ressemble autant qu'il en diffère, il en figure l'équivalent différentiel, exhibant des types et des prototypes de comportements pour nous prévenir des possibles malencontreux. Ni miroir, ni fable — quelque chose de plus inquiétant : une réalité potentielle. La construction du volume est, selon les propres termes de l'autrice, « télescopique » — après un premier thriller labyrinthique et un second roman kaléidoscopique. Le récit progresse par plans successifs, polyphonique et discontinu, plaçant le lecteur en état d'alerte permanente. L'emploi délibéré de temps passés désuets — subjonctif imparfait, plus-que-parfait, passé simple — achève de déloger l'histoire du présent ordinaire et de la projeter dans ce que l'autrice nomme un « futur antérieur indéterminable ». Ce souci de la langue n'est pas ornement : il est la condition même d'un récit où l'horreur ne saurait se dire qu'avec une précision chirurgicale. Une prose qui tranche, qui frappe, qui n'abandonne jamais la rigueur pour le frisson facile. La violence y est nécessaire, jamais gratuite ; le merveilleux y est tenu par une exigence éthique qui lui donne sa profondeur. Le Voyage en Ouralie peut se lire indépendamment des volumes précédents. Mais ceux qui n'ont pas encore rencontré Helda Hartmann auront une excellente raison de reprendre la saga depuis le début.
