Lire ou ne pas lire
Que peut l'École
Crédits & contributions
- ÉditeurCHRONIQUE SOCIA
- Parution31 décembre 2099
- CollectionPédagogie Formation
Prix TTC
L’enquête Ipsos/Centre national du livre 2024 analysée dans le premier chapitre constitue une énième alerte de la chute des pratiques lectorales. Quoique puisse être l’utilité des écrans dans la promotion de la lecture, leur concurrence s’intensifie. On peut y picorer sans trop d’efforts. Entrer dans un livre est plus exigeant. La difficulté pour promouvoir la lecture de textes longs auprès des jeunes, c’est que, pour en percevoir l’intérêt, il faut être déjà lecteur. Comment sortir de cette aporie ? Comment rendre désirable l’entrée dans ce « jardin de signes ordonnés », le contact avec ce « corps tatoué de graphes » ? Michel de Certeau à qui l’on doit ces métaphores compare les mots à de petits cailloux blancs, mais contrairement à Poucet, ils ne servent pas à revenir en arrière. Avec « une expectation (s’attendre à) qui structure toute perception », ils permettent de tracer son chemin vers un horizon plus ou moins embrumé selon les expériences littéraires antérieures. Comme le souffle le poète Antonio Machado ( Campos de Castilla, 1912) : « No hay camino. Se hace camino al andar », il n’y a pas de chemin, c’est en marchant que le chemin se fait. Combien d’écrivains invités à commenter leur ouvrage explique que lorsqu’ils se sont lancés dans le travail d’écriture ils ne savaient pas où ils allaient ! Pourquoi prend-on la route ? Comment pénètre-t-on le cercle vertueux de la lecture ? Spinoza peut aider : « Nous nous efforçons à rien, ne voulons, n’appétons ni ne désirons aucune chose, parce que nous la jugeons bonne : mais, au contraire, nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, la voulons, appétons et désirons » ( Éthique, Livre III). Chez Spinoza, le conatus constitue la force motrice fondamentale, « élan de la puissance mais générique et intransitif, tel quel sans objet, (il) a besoin d’une affection, a besoin d’être affecté pour trouver ses orientations concrètes, c’est-à-dire pour être déterminé comme désir de poursuivre tel objet plutôt que tel autre. » Essayons donc d’affecter les élèves, de leur donner soif, comme dirait Freinet !
