A la vue du cimetière
Prix TTC
Si l’on a compris que nul avertissement, nulle alerte, qu’elle vienne du sens commun ou des sommes que la raison savante étale sous nos yeux depuis des décennies n’était à même d’infléchir un tant soit peu la course vers l’abîme, la marche de la destructivité, de l’expansionnisme à tout va avec ses promesses — risibles et pathétiques à la fois — de nous sortir de cet inconvénient par les moyens mêmes qui nous y ont conduits, peut-être faut-il considérer sans trop de fard le lieu où nous sommes : connaître que nous aurons eu ce privilège de vivre, au milieu des foules toujours plus nombreuses et sous hypnose continue, des chambardements atmosphériques et des mouvements frénétiques d’armes, d’écrans, de capitaux, à l’agonie du monde connu. Ni à proprement parler « journal », ni essai récapitulatif, ces notes, réflexions, observations offrent une mise au point précise, au sens optique du terme, sur le tableau planétaire généré par la démesure des appétits d’accumulation et l’industrialisation achevée de la vie terrestre dont nous avons hérité. Au sein d’un infini qui nous échappe. * « Cet état présent, qui est notre œuvre, annonce nécessairement un certain avenir, mais un avenir qu’il nous est absolument impossible d’imaginer, et c’est là une grande nouveauté », s’étonnait encore Valéry en 1932, au vu de ce désordre méthodique qui s’emparait du globe et de ses habitants. Les années ont passé dans le perfectionnement de l’œuvre et ce « certain avenir », ce futur alors inimaginable, déroutant l’anticipation quoique pressenti désobligeant, est là autour de nous maintenant avec ses voix synthétiques, ses drones de surveillance, ses visiophones et ses chimies industrielles en dilution partout, ses populations errantes et ses désordres météorologiques, à s’accomplir tout prosaïquement; à dicter leurs sommaires aux fils d’actualité, à y faire sonner ses alertes, à imposer ses animations cataclysmiques aux informations en continu d’un monde en effet malcommode et dont les cohésions se perdent rapidement. Les grilles de cet impensable Âge universel s’étant refermées derrière nous, en quelque sorte, aucune sortie n’y est plus autorisée d’ici le tableau final. B.de B.
