Le testament du pas assez

par Claire Le Cam

Crédits & contributions

EAN

Prix TTC

14,00
Sur commande

D’une difficulté d’écrire qui interroge le dosage périlleux entre le trop et le pas assez auxquels on nous assigne (toujours trop de trop, « et ça n’est jamais assez »), Claire Le Cam détourne dans ce nouveau texte le projet littéraire amorcé par ce questionnement en déployant une poésie de la tentative et du doute que le moindre mot porte en lui. « Quoi que le mot fasse, il reviendra toujours à la même histoire. L’écriture va s’autoriser à se laisser aller, pas trop, ou trop assez, non plus, de guerre lasse. Est-ce une écriture douteuse, une écriture du doute ou encore une écriture qui fait douter, du doute en gouttes » ? Car l’enjeu est donné dès les premières phrases : devoir « démarrer par moi », parce que « je me dois d’écrire ; je dois le faire sinon je m’efface, oui, vraiment, un peu. Voyez la mesure du peu, du pas assez, c’est trop. » Fuir le pas assez, refuser le trop, dériver entre les deux… c’est une méfiance à l’égard de l’écriture qui s’installe, mais comme pour mieux révéler une intimité : celle de pouvoir donner libre cours à sa propre voix, l’accepter avec ses latitudes et ses impatiences, sa pudeur aussi. « Moi, j’attends mes mots à moi car je crois simplement que mes mots miens sont pauvres de moi, sont ceux de ma tristesse moins présente, plus étale, ceux qui proviennent de ma position debout, là, devant la fenêtre et qui me disent qu’être seule reste un plaisir, ne pas parler, moins parler, parler assez, suffisamment pour imaginer que l’oiseau ne naît pas de mon esprit ». Avec dérision, Le testament du pas assez multiplie les faux départs, se joue de l’erreur narrative et confronte les « mots dus » aux phrases du hasard, via une poésie jubilatoire qui toujours relie avec agilité l’autrice à son écriture, courant l’une après l’autre, aussi bien dans la tendresse que dans le fracas : « L’écriture dans sa fougue inversée m’enterre et ne crie plus. Elle ravage », « Je chute avec mon écriture, comme elle chute avec moi. » Comme si Claire Le Cam cherchait à maintenir ensemble deux extrêmes, à priori contradictoires : une langue organisée et symbole de l’humanité, et un langage-corps traversé par son animalité, ses affects et ses pulsions, lorsque les options viriles du texte ne cessent de lever le voile sur tout ce qui reste de délicatesse à préserver pour exister, littéralement.