S'asseoir au Japon
par Anne Gossot
Prix TTC
Comment est-on passé de l’assise traditionnelle sur tatamis à l’utilisation de la chaise occidentalisée dans l’espace domestique au Japon ? En interrogeant un sujet aussi spécifique que l’assise, ce livre dresse un portrait de l’évolution de la société japonaise et de l’ouverture de l’archipel sur le monde, aux frontières du design, de l’histoire de l’art et de la sociologie. Objet de politiques tant gouvernementales que citoyennes au fil du XXe siècle, la démocratisation de l’usage de la chaise dans l’espace privé fait figure de ressort du progrès civilisationnel, en ce qu’elle a contribué à transformer les cultures séculaires de l’habitat, du vêtement, et même de l’alimentation – conçues pour la vie sur tatami – afin de les adapter aux normes occidentales, considérées comme les parangons de la modernité. Afin d’éclairer le processus de massification de la nouvelle culture de la chaise au Japon, ce livre dresse un panorama des cultures de l’assise dans les sociétés prémodernes. Il revient sur les débats emblématiques qui ont mené à l’adoption de la chaise entre la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle, et décrit les modalités d’appropriation des techniques de fabrication européennes des sièges à l’aube de la modernité. L’apparition des « designers » au début des années 1920 contribue à la production de nouveaux modèles à bas prix, aux formes ergonomiques, adaptées à la constitution physique de la population et à son goût pour la simplicité formelle, dans la veine du rationalisme fonctionnaliste européen. À partir du début des années 1950, le marché s’ouvre grâce à l’expérimentation physique du mode de vie étatsunien, au contact des troupes d’occupation alliées présentes sur le territoire. L’occupation inaugure une nouvelle page dans l’histoire industrielle du Japon, en y introduisant la technologie et les savoir-faire de la production mécanisée, et en ouvrant la voie au secteur des biens de consommation durables modernes. Elle favorise la production de masse et la généralisation d’un habitat moderne adapté à l’utilisation de la chaise et de la table à repas. Au delà de la simple appropriation d’un mode de vie américanisé, Anne Gossot montre qu’aujourd’hui, chaise et tatami cohabitent dans l’espace quotidien japonais et se voient chacun associés à des usages spécifiques.
