"Je n'estime pas moins tes lettres que ses armes" - la poésie d'éloge du premier XVIIe siècle dans les recueils collectifs de Toussaint Du Bray

par Béatrice Brottier

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Pratique d’écriture traditionnelle des poètes, la poésie d’éloge est particulièrement abondante au début du XVIIe siècle : tous en écrivent, certains s’en lamentent, d’autres la valorisent. Elle se lit partout, en tête d’ouvrage, en plaquette, dans des recueils ou sous forme manuscrite. Or le lieu de publication n’est pas indifférent quant à la lecture des pièces, et leur reproduction dans des recueils collectifs de poésies, notamment ceux de Toussaint Du Bray, modifie l’équilibre des trois grandes fonctions (sociale, politique et poétique) de la poésie d’éloge. La relation mécénique n’apparaît plus que dans les mises en scène qui en sont faites, et la fonction politique s’infléchit en une réécriture des événements politiques et en la fixation d’un récit. La publication en recueil redonne ainsi la primauté au caractère poétique des pièces : parce que le poète doit justifier sa parole laudative, parce que la valeur de l’éloge ne dépend pas seulement du dédicataire, mais aussi de la qualité du chant, les pièces font entendre un discours identitaire et métapoétique qui s’interroge sur le rôle du poète, la force de sa parole et son statut social, en ces années où les écrivains recherchent une plus grande autonomie. Dans les recueils collectifs, la poésie d’éloge valorise tout autant le poète que le dédicataire.