Jardins suspendus

par Gérard PFISTER

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« Tous les jours vont à la mort, le dernier y arrive » , écrit Montaigne. À chaque instant, combien en sommes-nous proches, nous ne le savons pas. Si peu de chose nous en sépare. « Tout près de la mort, car ce ne sont plus tant d’heures qui t’en séparent, mais un subtil écart, si ténu que le franchir, c’est briser le temps même. » À chaque instant, elle pourrait advenir. C’est là, tout près de la mort, que nous pourrions être vraiment vivants, pleinement libres et éveillés, si nous cessions de délibérement l’ignorer. « Tout près de la mort, on commence enfin à vivre, jusqu’ici c’était pour rire. C’est maintenant le vrai moment. Si longtemps on a appris à commencer, il est temps de commencer vraiment. » Les expériences de mort imminente fascinent comme si la mort était quelque chose de si extraordinaire que seuls des états psychologiques aux limites du paranormal pou-vaient en rendre compte. Comme si une religiosité latente en attendait on ne sait quelle révélation. Mais la mort est tristement banale, et seule la vanité de nos existences la pare de cette aura tragique et vaguement super-stitieuse. « Tout près de la mort, la faucheuse a parfois de grands airs de théâtre. Nez crochu, joues blafardes, regards d’effroi. Tourne seulement la tête. Elle se moque de toi. » C’est là « tout près de la mort » que se situent les 203 courtes proses qui composent le présent ouvrage. Tout près de la mort », là où chacun de nos instants ressemble à un « jardin suspendu » . « Tout près de la mort, il fait beau, une bonne journée encore pour ceux qui resteront. On fera un tour au jardin, on humera l’air frais. Un pincement au cœur quand s’en ira le soleil. »