Librairie Blanche

Les instants les merles

par Karine Miermont

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EAN

Prix TTC

20,00

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Comme le chat, l’auteure a « la mémoire des instants ». Quand on lit les poèmes semblables à des arrêts sur image qui composent «Les instants les merles» de Karine Miermont, en dialogue avec une série de photographies de Bernard Plossu, le temps passé prend une épaisseur nouvelle, comme s’il se métamorphosait en une suite d’illuminations sans pourquoi. Dans «Les instants les merles», Karine Miermont sillonne les rues et les campagnes de la même manière qu’elle avait sillonné les forêts vosgiennes dans «Vies de forêt» paru en 2022, c’est-à-dire en prêtant attention à la rumeur des existences entremêlées. Quand elle s’immerge dans le tumulte des rues parisiennes, c’est pour sauver un chant : celui d’abord du « merle impassible », mais celui aussi de la rue elle-même dans les mailles de laquelle il évolue, tandis que « les voitures les cris les rires les plaintes les conversations » participent à leur manière de la musique envoûtante des poèmes. Ainsi Karine Miermont s’inscrit-elle dans la tradition des flâneurs et flâneuses que furent André Breton ou Virginia Woolf. Les instants les merles est tramé de rencontres improbables dans les méandres de l’espace urbain, comme celle avec cette inconnue dans le métro lisant rituellement son livre en « fermant les yeux », ou cette autre avec un passant récitant La rage de l’expression de Francis Ponge près du cinéma mk2 Nation. Mais l’écrivaine est tout aussi attentive à ce qui, dans la ville, s’évade vers son autre, vers son dehors : un merle dans la cour de la Fabrique où elle réside, une abeille sur les marches qui descendent vers le métro, une grue cendrée survolant les toits de Paris, ou encore ce « petit cinéma du fleuve qui scintille ». À chacune de ces rencontres, c’est le temps lui-même qui se met à passer d’une manière très différente : il se creuse, se dilate, sans que cela ne se traduise poétiquement par aucune grandiloquence. Comme les photographies de Bernard Plossu qui les accompagnent, les poèmes de Karine Miermont sont, dans leur sobriété, tout imprégnés de la légèreté qui est celle des oiseaux. Cela ne signifie pas que la gravité de l’histoire soit absente ou refoulée, au contraire. Le premier poème – « Silence » – constitue un hommage aux victimes du 13-novembre : mais c’est un hommage qui n’a rien de tonitruant, c’est un hommage discret et juste. Un autre poème – « Paradis » – évoque quant à lui « un moineau tombé du ciel déjà grillé », manière de faire signe laconiquement vers les immenses feux qui ont ravagé récemment diverses villes américaines, dont celle de Paradise. Finalement, en prêtant attention aux merles et aux oiseaux, Karine Miermont prête attention à tout ce qui nous entoure, aux catastrophes funestes comme aux signes de la vie qui persévère. Cette manière de prêter attention, elle en fait la première condition pour prendre soin de ce qui vit, comme elle le laisse entendre en songeant à « toutes ces vies animales végétales / fongiques microbiennes / que nous pourrions préserver encore / préserver vraiment ».