Autour de Rodin. La sculpture comme substance

par Roland Recht

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Lorsque nous sommes devant une sculpture, que ressentons-nous ? Elle est présence, force, appel ; elle est aussi matériau, outils, travail, forme, sensation, espace autour d’elle, espace en elle… Elle est substance, c’est-à-dire qu’il en émane une énergie spécifique. Il peut s’établir un dialogue entre elle et moi par une sorte d’identification. C’est cette relation complexe, plus spécialement avec les sculptures d’Auguste Rodin, qu’explore l’essai de Roland Recht. Les grands modèles de Rodin ont été les Grecs, Michel-Ange et la nature. Un critique disait de ses œuvres : « C’est Michel-Ange avec trois siècles de misère de plus ». L ’auteur étudie plus particulièrement trois chefs-d’œuvre : L’Homme qui marche, les Bourgeois de Calais et le monument de Balzac. Pour tenter de pénétrer les intentions de Rodin et de saisir le processus créatif qu’il met en œuvre, l’auteur convoque les écrits théoriques de philosophes du 18e siècle, tels que Lessing, Herder, Diderot lorsqu’ils débattaient de l’expression douloureuse du Laocoon, ce chef-d’œuvre de la sculpture hellénistique ; ou encore l’importance accordée aux sens, en particulier à la vue et au toucher, dans l’appréhension de la sculpture. Depuis la Renaissance, les gestes, la physionomie, les mouvements du corps faisaient aussi l’objet de discussions intenses parmi les artistes dans le but de renforcer le caractère expressif des personnages figurés. Ces filiations intellectuelles qui relient Rodin à une théorie de la sculpture très ancienne permettent de placer son œuvre dans une perspective radicalement neuve.