Antoni Tàpies

par Jean Frémon

La substance et les accidents

Crédits & contributions

EAN
  • ÉditeurUNES
  • Parution21 août 2026

Prix TTC

22,00
Pas encore paru

Un puissant mystère entoure l’œuvre d’Antoni Tàpies (1923-2012), l’un des peintres espagnols les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Un mystère qui surgit de l’apparente simplicité d’une peinture qui fait la part belle aux matériaux bruts, aux objets ordinaires, aux symboles familiers. Portes, chaises, tables, lits, pieds, mains, bouches, croix, lettres, symboles mathématiques : c’est tout une cosmogonie impénétrable qui se déploie au premier degré dans une liberté formelle constamment renouvelée, où le signe sur la toile n’est pas tant signifiant que signe de vie, pulsionnel et organique. Peu de personnes ont fréquenté aussi longtemps et aussi intimement Antoni Tàpies que Jean Frémon, qui livre dans ces pages un portrait panoramique de l’artiste, de l’évocation de ses premières œuvres dans les années 1940, jusqu’au toutes dernières en 2012. Frémon nous fait pénétrer chez Tàpiès dans sa chère ville de Barcelone, nous le montre au travail, à l’atelier, nous fait découvrir son inépuisable bibliothèque où l’artiste puise sans cesse aux influences de la philosophie occidentale et du Zen chinois, il nous dévoile son extraordinaire collection d’objets millénaires, venus d’Égypte, des Cyclades, d’Afrique, d’Océanie, d’Inde, des Amériques, dont il emprunte les formes et les reliefs pour se les approprier. Tàpies s’approprie ainsi le monde, « le réel et son double », il agit, nous indique Frémon, en alchimiste qui, à fore d’ascèse, de connaissance, et de croyance dans le pouvoir de l’art, acquiert la faculté de faire accéder l’objet le plus trivial à une dimension sacrée, en insufflant l’esprit créateur à la matière inerte. Par une écriture picturale faite de grattage, d’incision, de trace, sur des surfaces terreuses, anciennes, mémorielles, Tàpies pose et repose la question du réel et de l’art, sans jamais chercher à y répondre, peignant une œuvre sans théorie mais immergée pleinement dans l’être – tactile, sensible, habitée – où « l’informe tend vers l’absolu ». Allant chercher à la racine des arts primitifs et populaires, son œuvre au sens inépuisable, inexplicablement belle comme les sont les vraies beautés, tendue entre « rage de l’expression et pure méditation », est à l’image d’un artiste qui refusait l’illusion de la vérité et toujours préférait « les questions aux réponses ».