Quatrains
Crédits & contributions
- ÉditeurUNES
- Parution04 septembre 2026
Prix TTC
Dans la mythique malle de Pessoa retrouvée après sa mort, parmi les milliers de manuscrits, une enveloppe, sur laquelle il est simplement écrit « Quatrains ». À l’intérieur de l’enveloppe, 325 poèmes. Les premiers datent de 1907 et 1908, et sont les tout premiers que Pessoa, âgé de 20 ans, écrit en portugais. Avant cela, il n’avait publié que quelques poèmes en anglais. Un acte de naissance donc, dans sa langue maternelle, pour celui qui a passé une grande partie de son enfance en Afrique-du-Sud, et qui dira plus tard que sa « patrie est la langue portugaise ». Mais la grande majorité des quatrains sont rédigés entre juillet 1934 et août 1935, soit à la toute fin de sa vie, Pessoa disparaissant en novembre 1935 à l’âge de 47 ans. Quatrains donc, tout simplement, et non pas « au goût populaire », sous-titre ajouté artificiellement par les éditeurs de la première édition portugaise, Georg Rudolf Lind et Jacinto do Pradho Coelho, et repris depuis. Précision inutile, dans le quatrain est constitutif de la culture portugaise. Pessoa le dit lui-même en 1914 : « qui fait des quatrains portugais communique avec l’âme du peuple ». Le mètre court, la rime, autant que le sujet, volontiers courtois, ancrent le quatrain dans la tradition de la « romance » et de la poésie des troubadours, « orale ou écrite, savante ou naïve », comme le souligne Henri Deluy dans sa préface. Pessoa s’inscrit donc ici dans une histoire ancienne, où s’épanouit toute la variété de son écriture. Dans ces poèmes où il apparaît et disparaît tour à tour, Pessoa joue avec une virtuosité absolue de la « gravité dans la légèreté » selon Deluy, brodant et répétant à l’infini les thèmes traditionnels de l’amour éconduit, des œillets accrochés à la poitrine, des pots de basilic aux fenêtres, des peignes oubliés, des signes de la main restés sans réponse, des baisers refusés. Tout est vrai et tout est faux, la simplicité est complexe, la naïveté surjouée, la complainte se pare de mauvaise foi, on retrouve le goût de l’illusion cher à l’auteur aux multiples hétéronymes, qui sans cesse s’efface derrière son œuvre, allant jusqu’à rejeter ici l’intime pour se fondre dans le grand mouvement collectif de l’identité portugaise. Poèmes d’amour, ces Quatrains sont avant tout un espace de jeu, où la beauté formelle, la mélodie, permettent seules de capturer la volatilité du sens, rejoignant là l’« Éventail » de Mallarmé. C’est comme danser autour de rien, « rien » qui est chez Pessoa, nous le rappelle Henri Deluy, « source et fin de toute chose ».
