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EAN
  • ÉditeurUNES
  • Parution16 octobre 2026

Prix TTC

18,00
Pas encore paru

Idea Vilariño n’a cessé tout au long de sa vie de reconfigurer ses livres, jusqu’à classer l’ensemble de ses poèmes en trois ensembles : Nocturnes, Poèmes d'amour, Pauvre monde. Et un quatrième un peu à part, Non, qui rassemble ses poèmes les plus brefs, souvent les plus intenses, qui forme peut-être son viatique poétique et qu’elle n’a cessé, comme les autres, de remanier, ajoutant et retirant des textes, de la première parution du livre en 1980, jusqu’à l’édition définitive de 2002. Le recueil se compose de 58 poèmes aussi fulgurants que fragiles, dont les dates, de 1951 à 2000, apparaissent comme des jalons tirés du silence. Ces dates, et l’éloignement, la béance qui parfois les sépare, témoignent d’une présence aux aguets, rendue le plus souvent muette par la difficulté de vivre, dont le silence n’est brisé de loin en loin que par un cri qui atteint son intensité maximale, déchirante. Ces poèmes dont la brièveté témoigne de la conscience de la précarité de vivre, cherchent une solitude acceptable, qui ne serait ni « sale » ni souillée, dans un détachement douloureux aux choses. Détachement car Vilariño pressent qu’apprendre à vivre c’est apprendre à mourir, et que la mort est une forme de « limpidité », tout en posant la question de l’acceptation du jeu de vivre, et avec « quel visage rester en vie ». Il y a ici une simplicité désarmante, qui fixe l’existence sans illusion, dans une angoisse et une lassitude superbe face au poids trop lourd des jours. Elle écrit comme un jasmin qui tombe, comme un chien qui hurle à sa vie trop courte, comme une femme qui regarde dormir son amant au milieu d’une insomnie, comme on fixe le plafond avec de « larges yeux vides », comme un disque qui tourne en silence, déjà oublié. Nous nous asseyons avec la poète sur un banc pour regarder le monde indifférent, nous regardons la devanture de la vie qui est un magasin de jouet plein de « marionnettes sales », nous voyons avec elle tomber la pluie depuis tant d’années dans sa « chambre triste », sans pouvoir l’empêcher de griffer en vain la porte des choses refermées. Et l’on songe soudain à Emily Dickinson qui comme Idea Vilariño regardait elle aussi l’infini lui échapper par la fenêtre. Il y a une telle absence, qui va au-delà de la solitude, quelque chose qui ne peut se toucher, dans ces fragments pulvérisés, saillants, tout entiers dans la pointe de leur flèche, « sans centre » où se retourner. Une « fugace incandescence » dont l’étrange lumière au milieu de la nuit nous arrête net, comme un appel auquel nous aimerions répondre, une main que nous aimerions saisir. Mais elle s’en va, celle qui ne sait pas qui elle est, se détourne de nous dans un ultime poème, presque une épitaphe, non daté, ouvert dans l’éternité : « nommer suffit », rappelle-t-elle avant de se taire dans un dernier paradoxe.