Les Renoncements
Crédits & contributions
- ÉditeurUNES
- Parution20 novembre 2026
Prix TTC
Il faut du courage pour revenir marcher dans les lieux du passé. Du courage non pas vis-à-vis des autres, mais vis-à-vis de soi. Pour retraverser sa propre histoire, son histoire familiale, les pièces de la maison d’enfance, les figures traumatiques de la mère et du père. Traverser aussi l’échec du mariage à l’âge adulte et la honte du souvenir. Donika Kelly avait décliné dans Bestiaire, son premier livre, une identité bafouée par l’inceste dans un tournoyant jeu de masques animaliers hérités de la tradition médiévale. Dans Les Renoncements, elle plonge, avec une ubiquité virtuose, à la fois dans les racines des mythes et dans l’extrême paysage contemporain, pour arpenter ses souvenirs comme les couloirs d’un labyrinthe créé par un monstre : le père. Chez Kelly, dieu n’existe pas, il a été tué par le père, par le viol, et la science ne suffit pas. Il faut inventer sa propre alchimie, sans autre ingrédient que l’amour qui dépèce des biches avec des gestes maladroits. On arpente les rues de Los Angeles avec un vieux vélo, on croise des oiseaux morts, des présages, des rivières de rochers, des arbres fruitiers infestés par la vermine. Il y a des excuses impossibles, des voix brisées, des vagues brisées, des corps brisés. C’est une histoire de violence, d’armes à feu, d’alcool et de drogue. C’est une histoire de questions sans réponses. Une histoire de petite fille clouée par son père sur tous les murs de la maison comme « un papillon mort ». Une histoire de reconstruction, de questions posées à l’oracle – témoin silencieux des choses qui se taisent –, qui restent sans réponse. Dans cet aller-retour entre les temporalités, Kelly embrasse avec une équité magnifique du regard la jeunesse de ses parents, la sienne, interroge la répétition de l’histoire et de ses drames. Les Renoncements s’inscrit alors dans les blancs, les biffures, les mots recouverts ou effacés, qu’on ne dira pas, qu’ils soient impossibles à dire ou impossible à entendre, dans un livre qui explore les multiples versions de soi-même. Dans ce livre écrit comme une carte dressée à l’aveugle pour sortir du labyrinthe sans tuer le Minotaure, sans tuer le père, on arpente les maisons brûlées, les maisons en ruines, pour construire la sienne. On se confronte à la possibilité même de sortir de soi sans se quitter. À la possibilité de saisir sa liberté quand les autres se refusent. Dans ce livre d’éclosion autant que de scission, d’étoiles qui s’effondrent et d’attractions contrariées, quelque chose nous échappe, de la douleur vécue, mais tout de la beauté nous atteint de ces renoncements. Que peut-on recevoir en retour ce que l’on a subi, se demande Donika Kelly, et c’est alors que la révélation bouleversante de ces Renoncements nous apparaît, pour survivre il faut renoncer à l’idée même de rétribution.
