SOUS LE MIRADOR
par MICHEL GISSY
La faune du massif des Vosges
Crédits & contributions
- ÉditeurCHATEAU ATTING
- Parution25 mars 2026
Prix TTC
En ses vertes années, des journées entières de billebaude ne rebutaient pas le photographe animalier. Ces maraudes très rarement couronnées de succès auraient dû convaincre le piéton de changer son fusil photographique d’épaule. Mais l’impatience et la bougeotte caractéristiques de la jeunesse retardèrent longtemps cette conversion à l’affût. Qui finit pourtant par s’imposer pour ne pas être un trublion en forêt. Car, toute honte bue, force est de reconnaître que la chasse photographique devant soi crée le vide, tant le bipède est redouté des bêtes sauvages. De prédateur au sens strict – car prenant des photos –, il lui fallait impérativement faire des photos sans effaroucher ses sujets. Comment se faire oublier des cerfs, chevreuils, renards, grands tétras et autres espèces ardemment convoitées sans renoncer à crapahuter ? L’affût au sol, à bon vent et camouflé sous un filet d’un beau vert-feuillage est un premier pas vers l’invisibilisation. Sous son Fantôme des bois, l’homme au téléobjectif peut dès lors laisser venir à lui les craintifs hôtes des bois. Immergé en pleine nature, le faunographe ne sème plus la débandade mais se mue en une espèce inoffensive parmi d’autres espèces sylvestres. Dans la sérénité, il observe la biche allaitant son faon, une compagnie de sangliers quittant sa bauge, un goupil happant des hannetons. Année après année, décennie après décennie, la photographie animalière dans la neige ou sous la canicule finit par abîmer l’homme au téléobjectif. Mais la passion du sauvage demeurant intacte, il lui reste encore l’affût perché. Confortable certes, mais parfois un rien ennuyeux. Le mirador, expédient du grand âge, peut procurer des joies de néophyte même au plus blasé des naturalistes. Le mirador, à triste connotation pénitentiaire, est aussi la vigie des chasseurs. Cette Kanzel des Alsaciens, on peut la partager avec des nemrods complaisants. De même que l’échelle ou Hochsitz ouverte à tous les vents, mais peu scrutée par les cervidés. Car leurs prédateurs – les loups – chassent au sol. Enfin, le faunographe perclus peut lui-même dresser contre un arbre une petite échelle de ménage, équipée d’un siège et montée sur roues…
