Le chevalier de Kerlérec
par Hervé Gourmelon
L’affaire de la Louisiane
Crédits & contributions
- ÉditeurPORTES DU LARGE
- Parution18 juin 2007
- CollectionBRETONS MONDE
Prix TTC
En 1758, Voltaire écrivait avec ironie à propos du conflit opposant alors la France et l’Angleterre (qui sera plus tard appelé la guerre de Sept Ans) : « Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut » (*Candide ou l’Optimiste*, chapitre 23). Ces propos traduisent bien l’aveuglement désastreux de l’opinion française, et particulièrement celui de Louis XV et de sa cour, au milieu du XVIIIe siècle. Vers 1710, la France possédait, au moins nominalement, près de 60 % de l’Amérique du Nord. Après la signature du traité de Paris (1763), elle ne conserva plus qu’un territoire microscopique : Saint-Pierre-et-Miquelon. Les dizaines de milliers de colons français installés en terre américaine furent tout simplement abandonnés par la métropole, et c’est presque un miracle que plusieurs millions de leurs descendants parlent encore aujourd’hui français. Parmi les hommes courageux qui luttèrent de toutes leurs forces pour défendre les colonies françaises d’Amérique, l’histoire a retenu le nom du marquis de Montcalm, mortellement blessé en 1759 en défendant Québec, mais a assez injustement oublié le gouverneur de la Louisiane française, Louis Billouart de Kervaségan, chevalier de Kerlérec, officier de marine originaire de Quimper, dont une rue importante du centre de La Nouvelle-Orléans porte encore le nom. Comme Montcalm et Vaudreuil en Nouvelle-France, le chevalier de Kerlérec dut assurer la défense de l’immense territoire placé sous son autorité — tout le bassin du Mississippi — avec des effectifs et des moyens dérisoires. Il parvint à contenir les Anglais grâce à son énergie et à une politique avisée d’alliances avec les tribus amérindiennes de la région. Il sacrifia à cette tâche sa fortune et sa santé, mais lorsqu’il revint en France, après dix années passées en Louisiane, au lieu d’être remercié et récompensé pour son dévouement et ses succès, il fut l’objet de cabales indignes, suspecté et désavoué. Il mourut à Paris en 1770, accablé par tant d’injustice. Aucune grande biographie ne lui avait encore été consacrée. Le tricentenaire de sa naissance — à Quimper, le 27 juin 1704 — a été l’occasion de faire paraître ce volume de 512 pages, aboutissement de vingt années de recherches menées par son auteur, M. Hervé Gourmelon, ancien élève de l’ENA, dans les archives françaises, anglaises et américaines. Ce livre contribue ainsi à réhabiliter ce Breton qui fut le dernier gouverneur français de la Louisiane et à le faire entrer durablement dans notre mémoire collective, des deux côtés de l’Atlantique : en France, aux États-Unis, en Bretagne comme en Louisiane.
