VACANCES D’HIVER - AAYâD AL CH
par HAYDAR, Nagham
Crédits & contributions
- ÉditeurHACHETTE ANTOIN
- Parution02 mai 2018
Prix TTC
Il y a quand même un aspect positif dans le départ. Le déracinement peut être profitable, malgré les cicatrices enracinées dans lâme. Car, dans le départ, nous devenons autres. Nous revêtons la peau de ceux que nous rêvions dêtre ou de ceux qui nous épargneraient les questions douloureuses de savoir qui nous étions, là-bas.Shahinaz est arrivée dans la terre dasile. Elle sest fondue dans ses rues froides, elle les a étreintes. Elle a aimé les cerfs de ses fêtes et les lumières de sa joie. Et elle a tissé avec Rawya des liens intimes basés sur un mensonge. Rawya ne fréquente pas les rues. Elle habite son corps en silence, discrètement, comme elle habiterait une terre vierge. Entre les deux filles, de vastes mondes peuplés de non-dits, des années de pétrissage par la vie, et seulement cinq centimètres entre deux lits dans une seule pièce qui leur a été réservée. Mais elles sentendent bien autour dun taboulé. Cela suffit pour contrer la froidure de lexil. Dans le départ, nous restons aussi nous-mêmes. Nous partons à la recherche du bourreau malgré cette nouvelle vie qui nous a été offerte. Car nous avons pris le pli de ne goûter au plat de lexistence quassaisonné de douleurs. Quelque chose au plus profond de nous a besoin de se gratter jusquau sang pour pouvoir respirer. Lhabitude ? Une maladie héritée du pays où nous vivions muselés, en sécurité et à lombre du puissant colosse ? Ou bien est-ce lamour, tout simplement ? Cest peut-être tout cela à la fois, et le pari, cest de tout recommencer, sous dautres cieux
