Qu’il soit institutionnalisé ou invisibilisé, le patrimoine est un vecteur de domination. À travers des études de cas, un tour d’horizon international des enjeux mémoriels, culturels et sociaux de la patrimonialisation des arts ou de l’espace public. Depuis le début du XXIe siècle, les études patrimoniales critiques ont déplacé la focale des patrimonialisations institutionnelles vers les patrimonialisations par appropriation, parfois non consensuelles, et critiqué les logiques patrimoniales dominantes. Ce dossier de la Revue des sciences sociales se propose de décentrer le regard sur la notion de patrimoine telle qu’elle s’est constituée historiquement en Europe. Il analyse d’autres conceptions patrimoniales et/ou « matrimoniales », non occidentales (de l'Afrique subsaharienne au Maroc en passant par le Japon et la Chine), postcoloniales et décoloniales, portées par des groupes sociaux invisibilisés, qui peuvent se saisir des patrimonialisations pour revendiquer un changement social. Les contributions interrogent notamment la façon dont certaines patrimonialisations visent à remettre en cause des dominations, tout en questionnant, voire en dépassant les dichotomies simplistes entre patrimoine dominant et émergences patrimoniales.