L'invention de la peinture à la cire

par Delphine Morana Burlot

Peindre au passé pour l'éternité (1700-1850)

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Technique inventée au XVIIIe siècle sur un modèle antique, la peinture à la cire est réputée pour son aspect mat et la permanence de ses teintes. Ces qualités supposées séduisent peintres, amateurs et antiquaires, qui, au travers de nombreuses expérimentations, se lancent dans la quête d'une recette adéquate, sans jamais l'atteindre : la peinture à la cire (ou peinture à l'encaustique lorsque la chaleur est employée) est en réalité très peu pérenne et son succès repose sur le paradoxe d'une prétendue durabilité qu'elle ne possède pas. L'ouvrage présente l'histoire des expériences et de la diffusion des théories sur la peinture à la cire, depuis les premières recettes élaborées dans les années 1750 à Paris jusqu'à l'adoption de cette technique en peinture murale sous la monarchie de Juillet. Apparue d'abord comme la redécouverte d'une technique picturale perdue dont seuls les textes antiques gardent encore la trace, la peinture à la cire stimule la créativité des peintres et des savants et son emploi dépasse les simples enjeux picturaux. Il s'agit à la fois de la recherche d'un idéal d'antiquité et de pérennité, d'une mode, et la quête d'un progrès technique dans une atmosphère de concurrence commerciale et industrielle entre les nations. Depuis l'invention des premières recettes dans les années 1750 par le comte de Caylus, jusqu'à la réalisation de nombreux décors à la cire dans les églises parisiennes sous la monarchie de Juillet, la technique se diffuse en Europe, en particulier en Italie dans le dernier quart du XVIIIe siècle. À Berlin, Frédéric II de Prusse soutient les travaux de Benjamin Calau. Depuis la Russie, Catherine II passe plusieurs commandes de peinture à la cire auprès de Johann Friedrich Reiffenstein. Enfin à Naples, Ferdinand de Bourbon commande le décor des bains de San Leucio au peintre Jacob-Philipp Hackert. L'ouvrage présente les raisons du succès de la peinture à la cire, l'imaginaire antiquaire qui lui est associé, et les développements qu'elle connaît dans un contexte de recherche et d'invention de nouveaux matériaux artistiques.