Les damnés de la donnée

par Clément Le Ludec

La subalternisation du travail de l’intelligence artificielle

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13,00
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Ce livre part d’un constat : les discours sur l’IA et le travail attribuent trop d’importance à des potentialités technologiques sans s’intéresser à leurs conditions sociales de réalisation. L’automatisation affichée masque en réalité des chaînes de travail reliant étroitement entreprises du Nord, et sous-traitants du Sud. Plus encore les annonces d’automatisation servent à légitimer des licenciements tout en dissimulant la persistance, voire l’amplification, du travail humain externalisé. À partir d’une enquête menée entre la France et Madagascar, cet ouvrage suit plusieurs systèmes d’IA dans leur développement, depuis les start-up de Station F, centre névralgique de la « start-up nation », jusqu’à Antananarivo, où des milliers de travailleuses et de travailleurs fabriquent les données et corrigent les modèles d’IA, participant à distance à une reconfiguration internationale du travail. Il met en lumière les mécanismes par lesquels le travail d’annotation de données, qui permet d’entraîner les systèmes d’IA, est systématiquement subalternisé : par des chaînes de sous-traitance globalisées, par la mise à distance du travail, par le déni de compétences et par les discours des fondateurs de start-ups sur l’autonomie supposée des systèmes, etc. Le capitalisme numérique prolonge ainsi une histoire plus ancienne d’exploitation fondée sur la sous-valorisation du travail des Sud. Il repose sur une hiérarchie racialisée des espaces et des corps, qui assigne certaines populations à des tâches dévalorisées bien qu’indispensables. Madagascar apparaît ainsi comme la périphérie productive centrale de l’IA française, mobilisant une main-d’œuvre jeune, diplômée et surqualifiée, tout en la maintenant dans des conditions de travail précaires et faiblement protégées. Les travailleurs de la donnée font ainsi l’expérience d’une subalternisation durable qui les maintient en bas de l’échelle. L’extraction de valeur dans les pays du Nord est indissociable de la production de précarités locales. En abordant la question de l’intelligence artificielle sous l’angle de la division sociale et internationale du travail, ce livre montre que l’IA ne remplace pas simplement du travail : elle repose sur sa réorganisation, son déplacement et sa hiérarchisation. Il invite ainsi à réintégrer les travailleurs de la donnée dans les débats contemporains sur la régulation de l’IA, et à saisir plus largement comment le développement de l’IA recompose les hiérarchies du travail à l’échelle internationale.